Un endroit si tranquille
Les allemands sont plus avancés que nous avec les constellations. Consteller des lieux n’est pas encore courant en France et pourtant, il y aurait à faire ! Consteller un lieu équivaut à le dépolluer. Peux tu me parler de ça ?
Je vais prendre un exemple plutôt spectaculaire. Sur ce cas là, je n’étais pas le constellateur. Il s’agit d’un endroit où des gens avaient été fusillés pendant la guerre de 40 et enterrés directement sur place sans autre forme de procès. Quelques décennies après, ce lieu paraissait banal et cet épisode sombre sorti des mémoires. Or il se trouve que ce lieu se trouve sur une route où il y avait régulièrement des accidents mortels, à l’endroit même du massacre. Pas de virage, route large et plate, pas de brouillard. Au quatrième accident de voiture, une enquête a été diligentée et
Le constellateur a constellé les victimes et leurs assassins, je suppose ?
Le travail de constellation a été fait en effet avec des représentants des victimes et surtout, ne jamais l’oublier, des représentants de ceux qui ont tué, pour finir par de la réconciliation entre victimes et bourreaux.
Comment ça se passe pour les représentants des victimes face aux représentants des bourreaux ?
Dès l’instant où existe reconnaissance des faits et de la douleur engendrée, il y a responsabilité et un début de compassion, alors ça commence à se dénouer et on arrive peu à peu à cette chose profondément humaine, à savoir de l’amour entre les gens. Il y a nécessité d’exprimer verbalement cette phrase très réparatrice qui est : « je suis désolé », et ceci de chaque côté. Parce que, en temps de guerre, l’humain dans son individualité profonde est victime et manipulé. Le gamin de 18 ans qui fusille l’autre en face qui en a 19, s’il va au fond de son être - et c’est ce qu’on fait dans un travail de constellation, c’est ce registre là, ce niveau d’être que l’on touche – il sera désolé et triste. Et là commencera la réconciliation.
Isabelle Constant. Barbara Nativel (in « Constellations. Dialogue entre un psy et un coach ») copyright