Pile poil à l'heure. Le café où elle m'a donné rendez-vous s'appelle "do ré mi", il est à à deux pas de la salle Pleyel.
Elégante en dépit du froid, chapeautée et gantée. Elle sort d'un déjeuner d'affaire. Avant de répondre à mes questions, elle aligne près de sa tasse de chocolat écumante, son Blackberry et son téléphone, vérifie ses appels et ses mails avant de se rendre disponible à mes questions. Je l'observe. Une gestuelle et une manière de faire de chef d'entreprise. Le ton est donné, dans le mot chef d'orchestre, ne pas oublier le mot chef. Pascale Jeandroz est d'abord un patron.
Nous avons passé plus d'une heure à discuter à bâtons rompus. J'ai eu du mal à la
recentrer sur elle pour l'interview, Pascale s'enflamme dès qu'on parle musique. Elle a plus envie de parler de son art que d'elle-même. On a transigé, laissant une place pour les deux. C'est ainsi qu'on a trouvé la note juste de notre conversation.
Elle me parle de l'intransigeance de l'instrument violon qui n'accepte pas qu'on ne travaille avec lui qu'une seule heure par jour. M'explique ce qu'est la musique de chambre, qui était conçue pour être jouée dans les salons, sans chef, au milieu des gens. Me raconte la nécessité pour ses élèves du Conservatoire d'apprendre à écouter l'autre, d'être attentifs à la respiration, aux regards, à l'intensité sonore de chaque instrument pour que tout devienne harmonie. Comment ils inventent entre eux des gestes de connivence qui se seront pas vus du public.
Je tente de l'aiguiller vers les cérémonies officielles, ses rencontres avec les chefs d'Etat. Elle évoque deux ou trois choses. Vaguement. Elle n'élude pas, mais visiblement le sujet ne l'intéresse pas.
Lorsque la conversation revient sur la musique, son regard et ses mains s'animent de nouveau. Elle parle de son amour pour les musiciens, de l'église Saint Roch et du Requiem de Cherubini, de son émoi pour les voix, me dit son bonheur de musicienne d'avoir dirigé un choeur d'hommes avec les fabuleuses vibrations que peuvent procurer le fait de faire chanter ensemble des ténors montant très haut et des basses profondes.
Voici en quelques phrases, la passion Pascale Jeandroz, chef d'orchestre, ex chef de choeur de l'armée française, femme de coeur.Pascale Jeandroz
Barbara Nativel
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